Par Lokombe Nkalulu Rédacteur en chef du magazine Afriqu’Europe
Les États-Unis, principal bailleur de fonds des opérations de maintien de la paix des Nations unies, songent sérieusement à revoir leur engagement financier. En cause : les résultats jugés insatisfaisants de certaines missions emblématiques, notamment celles déployées au Mali (MINUSMA) et en République démocratique du Congo (MONUSCO).
Selon plusieurs sources diplomatiques à New York, une évaluation critique est actuellement en cours au sein de l’administration américaine. Les conclusions provisoires pointent du doigt l’inefficacité opérationnelle, les lenteurs bureaucratiques, et l’incapacité des missions à stabiliser durablement les zones de conflit, malgré des budgets colossaux.
Au Mali, le départ précipité de la MINUSMA, exigé par les autorités de transition, a marqué un tournant. Perçue comme inefficace par une partie de la population et du pouvoir en place, la mission onusienne n’a pas réussi à enrayer l’avancée des groupes armés. En RDC, la MONUSCO, présente depuis plus de deux décennies, est de plus en plus contestée par la société civile congolaise, qui réclame son retrait face à la persistance des violences dans l’Est du pays.
Pour Washington, ces deux cas illustrent un modèle à bout de souffle. D’après un haut responsable américain cité anonymement, « il est temps de repenser l’approche globale du maintien de la paix, en insistant sur l’efficacité, la responsabilité et des résultats concrets sur le terrain ».
Une telle décision aurait des conséquences majeures. Les États-Unis assurent actuellement près de 25 % du budget total des opérations de paix de l’ONU. Une réduction – voire une suspension – de leur contribution pourrait fragiliser plusieurs missions en cours, au moment même où les tensions géopolitiques mondiales s’intensifient.
L’ONU, pour sa part, appelle au dialogue et rappelle que les missions de paix, malgré leurs limites, ont permis d’éviter des catastrophes humanitaires dans plusieurs régions sensibles. Mais pour de nombreux observateurs, l’heure est venue pour une réforme structurelle du système de maintien de la paix, avec une implication plus forte des États membres, notamment africains, dans la définition des stratégies et des priorités.
En attendant, les regards restent tournés vers Washington, dont les décisions prochaines pourraient redéfinir l’avenir du multilatéralisme sécuritaire
