La République démocratique du Congo doit désormais franchir une nouvelle étape : ne plus être seulement un grand marché desservi par les ports des pays voisins, mais devenir elle-même une puissance logistique régionale.
Les chiffres du commerce régional montrent l’ampleur de l’enjeu. En 2025, la RDC représentait environ 51 % du fret de transit traité par les ports tanzaniens, avec plus de 7,2 millions de tonnes de marchandises destinées ou provenant de notre pays.
Cette situation doit être considérée non comme une faiblesse, mais comme une opportunité stratégique majeure.
- Créer un véritable « Port Congo »
L’objectif devrait être de construire progressivement un réseau portuaire national intégré, plutôt que de chercher immédiatement un unique grand port maritime.
La première priorité serait de faire de Kalemie–Mutowa, sur le lac Tanganyika, un véritable hub logistique international. Des travaux préparatoires ont déjà été engagés sur ce projet, ce qui constitue une base concrète sur laquelle bâtir.
Ce port pourrait devenir une porte d’entrée et de sortie pour l’Est de la RDC, connectée à Kigoma, au réseau ferroviaire tanzanien et, à terme, à l’océan Indien.
- Relier le port aux mines, aux villes et aux corridors
Un port sans réseau logistique performant ne suffit pas.
Il faut donc créer simultanément :
des plateformes logistiques et ports secs à Lubumbashi, Kolwezi, Kalemie, Bukavu, Goma et Kisangani ;
des liaisons ferroviaires modernes ;
des routes nationales et transfrontalières fiables ;
des terminaux de conteneurs ;
des entrepôts modernes et zones franches ;
un système numérique de traçabilité et de dédouanement.
L’objectif est simple : une marchandise importée ou exportée doit pouvoir circuler rapidement du port jusqu’au marché ou au site de production sans multiplication des ruptures de charge.
- Transformer le marché congolais en avantage stratégique
La RDC possède un marché immense et une population commerçante particulièrement dynamique, notamment dans l’Est.
Il faut donc créer autour du futur système portuaire une Zone économique et logistique spéciale, permettant :
Port → chemin de fer → entrepôts → transformation industrielle → marché congolais → exportation régionale.
La RDC ne doit plus seulement importer des produits finis. Elle doit utiliser ses infrastructures logistiques pour développer la transformation locale, l’industrie agroalimentaire, les matériaux de construction, les produits miniers transformés et les biens de consommation. - Négocier avec la Tanzanie à partir d’une position de partenariat
L’objectif ne doit pas être de rompre avec Dar es-Salaam.
Au contraire, la RDC doit proposer à la Tanzanie une nouvelle relation : passer d’une dépendance logistique à une interconnexion stratégique.
La Tanzanie dispose déjà d’investissements importants sur le corridor central et sur le lac Tanganyika. Les deux pays peuvent donc construire une chaîne logistique complémentaire plutôt que concurrentielle.
La RDC pourrait négocier :
Kigoma – Kalemie – réseau ferroviaire congolais – centres miniers et industriels.
- Créer un « Fonds souverain des infrastructures portuaires »
Pour éviter que ce projet repose uniquement sur le budget de l’État, il serait pertinent de créer un mécanisme financier dédié associant :
État congolais ;
investisseurs privés ;
banques africaines et internationales ;
institutions financières régionales ;
partenaires stratégiques ;
revenus futurs des concessions portuaires.
Le principe serait de financer les infrastructures sur la base des flux commerciaux futurs, et non uniquement sur les recettes fiscales actuelles.
- Vision à 15–20 ans
La RDC doit se donner une ambition claire :
Faire de la RDC un hub logistique majeur de l’Afrique centrale et des Grands Lacs.
À terme, le pays devrait disposer d’un système combinant :
Ports fluviaux + ports lacustres + ports secs + chemin de fer + routes + zones industrielles + plateformes logistiques.
Cette stratégie permettrait non seulement de réduire les coûts d’importation et d’exportation, mais aussi de créer des emplois, développer l’industrie, augmenter les recettes publiques et renforcer la souveraineté économique du pays.
Proposition stratégique
« Un pays de cette dimension ne peut durablement dépendre des infrastructures portuaires des autres États. La RDC doit transformer son immense marché et ses ressources naturelles en pouvoir logistique. Construire ses propres ports, moderniser ses corridors et connecter ses bassins économiques doit devenir une priorité nationale. »
La question n’est donc plus seulement : « Par quel port la RDC fait-elle passer ses marchandises ? »
La véritable question stratégique est :
« Comment faire de la RDC elle-même une porte d’entrée et de sortie du commerce de l’Afrique centrale ? »
Par Lokombe Nkalulu Rédacteur en chef du magazine Afriqu’Europe
