Par notre rédaction – Mai 2025
La République démocratique du Congo, vaste territoire riche en ressources naturelles, continue de voir ses trésors miniers alimenter les marchés internationaux… au profit de ses voisins. Le cas du coltan de Rubaya, dans le Nord-Kivu, illustre une fois de plus la complexité d’un pillage systématique déguisé sous des chiffres officiels.
Alors que le Rwanda ne possède quasiment pas de gisements naturels de coltan en son sol, le pays affiche pourtant des chiffres d’exportation défiant toute logique géologique. De 40 tonnes officiellement déclarées il y a quelques années, Kigali est passé à plus de 2 000 tonnes exportées annuellement, selon les accusations formulées récemment par Julien Paluku, ancien ministre congolais de l’Industrie et natif du Nord-Kivu. Ce dernier pointe du doigt une exploitation illégale et persistante des mines de Rubaya, situées en territoire congolais, mais contrôlées de facto par des groupes armés et des intérêts transfrontaliers.
Une mine congolaise au cœur d’une guerre économique
La mine de Rubaya est connue pour abriter l’un des gisements de coltan les plus stratégiques d’Afrique centrale. Ce précieux minerai, essentiel dans la fabrication des smartphones, ordinateurs et équipements électroniques, attire depuis des années toutes les convoitises. Or, selon plusieurs enquêtes indépendantes et rapports de l’ONU, une partie importante de ce coltan transite illégalement par le Rwanda, qui le réétiquette comme production nationale avant de l’exporter vers l’Asie, l’Europe ou l’Amérique.
Julien Paluku est catégorique : « Il ne faut plus tourner autour du pot. Le Rwanda ne possède pas de réserves minières substantielles. Ce qu’il exporte vient de la RDC. Et le monde le sait ».
Le silence complice de la communauté internationale ?
La question qui fâche est celle de la responsabilité. Comment un pays peut-il multiplier par cinquante ses exportations de coltan sans en posséder dans son sous-sol ? Comment les grandes entreprises technologiques, censées suivre des chaînes d’approvisionnement éthiques, peuvent-elles rester sourdes face à de telles contradictions ?
Les ressources de la RDC, au lieu de financer son développement, servent à entretenir un climat d’instabilité permanent dans l’Est du pays, avec des populations locales prises en otage entre milices, trafiquants et puissances économiques de l’ombre.
Vers une prise de conscience panafricaine ?
L’heure est venue pour l’Afrique de repenser la gestion de ses ressources naturelles. La RDC, avec le soutien de ses partenaires africains et internationaux soucieux de la justice économique, doit renforcer le contrôle de ses frontières, la traçabilité de ses minerais, et surtout engager des poursuites contre ceux qui orchestrent ce vol à grande échelle.
Ce qui se joue à Rubaya dépasse le simple cas du coltan : c’est la souveraineté économique d’un pays, et la dignité d’un continent, qui sont en cause.
Lokombe Nkalulu Rédacteur en chef du magazine Afriqu’Europe
