Le Nobel de la paix a été attribué à l’avocat biélorusse Ales Bialiatski, spécialisé dans la défense des droits humains, ainsi qu’à l’ONG russe Memorial et à l’organisation ukrainienne de défense des droits de l’homme Center for Civil Liberties.
Le Nobel de la paix a récompensé vendredi un trio de représentants des sociétés civiles en Europe de l’Est, le militant biélorusse Ales Beliatski, l’ONG russe Memorial et le Centre ukrainien pour les libertés civiles (CCL), un prix hautement symbolique en pleine guerre en Ukraine.
«Le comité Nobel norvégien souhaite honorer trois champions remarquables des droits humains, de la démocratie et de la coexistence pacifique dans les trois pays voisins Biélorussie, Russie et Ukraine», a déclaré sa présidente Berit Reiss-Andersen.
Ales Bialiatski a été l’un des initiateurs du mouvement démocratique qui a émergé en Biélorussie au milieu des années 1980. Il a consacré sa vie à promouvoir la démocratie et le développement pacifique dans son pays d’origine.
Pendant les guerres de Tchétchénie, le Mémorial, a recueilli et vérifié des informations sur les abus et les crimes de guerre perpétrés sur la population par les forces russes et pro-russes. En 2009, la responsable de la branche de Memorial en Tchétchénie, Natalia Estemirova, a été tuée en raison de ce travail.
L’organisation ukrainienne de défense des droits de l’homme Center for Civil Liberties a été également récompensée par ses travaux.
Appel à la libération
Le comité Nobel norvégien a appelé vendredi la Biélorussie à libérer le militant emprisonné Ales Beliatski, lauréat du prix Nobel de la paix conjointement avec deux ONG russe et ukrainienne.
«Notre message est d’exhorter les autorités en Biélorussie à libérer M. Beliatski et nous espérons que cela se produira et qu’il viendra à Oslo pour recevoir le prix», a dit la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen. «Mais il y a des milliers de prisonniers politiques en Biélorussie et je crains peut-être que mon souhait ne soit pas très réaliste».
Selon l’organisation du Nobel, les lauréats représentent la société civile dans leur pays d’origine. Ils promeuvent depuis de nombreuses années le droit de critiquer le pouvoir et de protéger les droits fondamentaux des citoyens. Ils ont fait un effort exceptionnel pour documenter les crimes de guerre, les violations des droits de l’homme et les abus de pouvoir. Ensemble, ils démontrent l’importance de la société civile pour la paix et la démocratie.
Une semaine de récompense
Lundi, le Nobel de médecine avait ouvert le bal en couronnant le Suédois Svante Pääbo, père de l’homme de Denisova et découvreur de l’ADN de l’homme de Néandertal.
Celui de physique a récompensé mardi le Français Alain Aspect, l’Autrichien Anton Zeilinger et l’Américain John Clauser pour leurs découvertes sur le mécanisme révolutionnaire de « l’intrication quantique », donnant tort sur ce phénomène improbable de la mécanique quantique à Albert Einstein lui-même.
Mercredi, c’est un trio, les Américains Carolyn Bertozzi et Barry Sharpless conjointement avec le Danois Morten Meldal, qui avaient été couronnés en chimie pour « le développement de la chimie du clic et de la chimie bioorthogonale ».
Les dix dernières années
Voici la liste des lauréats des dix dernières années du prix Nobel de la paix.
2021 : Les journalistes philippins Maria Ressa et russe Dmitri Mouratov pour « leur combat courageux pour la liberté d’expression ».
2020 : Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies « pour ses efforts à combattre la faim dans le monde ».
2019 : Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed « pour ses efforts en faveur de la paix » et en particulier son « initiative déterminée pour régler le conflit frontalier avec l’Erythrée ».
2018 : Le médecin congolais Denis Mukwege et la Yazidie Nadia Murad qui œuvrent à « mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre ».
2017 : La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) pour avoir contribué à l’adoption d’un traité historique d’interdiction de l’arme atomique.
2016 : Le président colombien Juan Manuel Santos pour son engagement à clore le conflit armé avec la guérilla des Farc.
2015 : Le Quartette pour le dialogue national tunisien, des acteurs de la société civile qui ont permis de sauver la transition démocratique en Tunisie.
2014 : Malala Yousafzai (Pakistan) et Kailash Satyarthi (Inde) « pour leur combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation ».
2013 : L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), pour ses efforts visant à débarrasser la planète de ces armes de destruction massive.
2012 : L’Union européenne (UE), projet qui a contribué à pacifier un continent ravagé par deux guerres mondiales.
