Dans le débat public, les crises politiques et économiques occupent souvent le devant de la scène. Elles font la une des journaux, alimentent les discours et mobilisent les gouvernements.
Pourtant, derrière ces crises visibles se développe une autre crise, plus silencieuse, plus profonde et parfois plus dangereuse : la crise culturelle.
Une nation peut traverser une difficulté économique et se relever. Elle peut connaître une crise politique et reconstruire ses institutions. Mais lorsqu’un peuple commence à perdre ses repères, sa mémoire, ses valeurs, sa langue, son histoire et le sens de son identité, c’est son âme collective qui se trouve progressivement fragilisée.
La culture n’est donc pas un luxe réservé aux temps de prospérité. Elle constitue l’un des fondements de la cohésion sociale et de la dignité d’un peuple. Elle transmet aux générations futures ce que les générations précédentes ont construit, appris et parfois payé au prix fort.
Un peuple qui oublie son histoire risque de perdre la direction de son avenir.
La crise culturelle se manifeste de plusieurs manières : affaiblissement de l’éducation, perte des valeurs de solidarité, marginalisation des langues et traditions nationales, rupture entre les générations, imitation excessive de modèles extérieurs et parfois dévalorisation de ce qui constitue notre propre identité.
Dans un monde globalisé, l’ouverture aux autres cultures est une richesse. Le dialogue entre les peuples est nécessaire et constitue même une formidable source de progrès. Mais l’ouverture ne doit jamais signifier l’effacement. On peut accueillir le monde sans cesser d’être soi-même.
La diplomatie elle-même ne se limite pas aux relations entre États. Elle est aussi culturelle. Les échanges universitaires, artistiques, linguistiques, historiques et humains construisent des ponts là où la politique seule ne suffit pas. La culture peut rapprocher les peuples, désamorcer les incompréhensions et créer une véritable confiance entre les nations.
Pour l’Afrique, et particulièrement pour la République démocratique du Congo, cette réflexion revêt une importance particulière. La richesse culturelle, historique et artistique du continent constitue un patrimoine considérable. Elle doit être transformée en force éducative, économique, diplomatique et sociale.
Il est donc temps de considérer la culture non comme le dernier chapitre des politiques publiques, mais comme l’un de leurs premiers fondements.
Car la politique organise la cité, l’économie soutient son développement, mais la culture lui donne une mémoire, une identité et une âme.
Et lorsqu’un peuple protège sa culture, il ne protège pas seulement son passé : il prépare la dignité de son avenir.
Par Lokombe Nkalulu Rédacteur en chef du magazine Afriqu’Europe
