Présenté au Président de l’Union des Comores quelques jours auparavant, le Rapport annuel 2025 de la Banque Centrale des Comores (BCC) a fait l’objet d’une présentation à la presse par le Gouverneur, Dr Younoussa Imani, accompagné de la vice-gouverneure, Mme Faouzia Radjab. Cette rencontre a permis de dresser le bilan de l’exercice écoulé, de revenir sur les principales réformes engagées par l’institution et de présenter les grandes orientations qui guideront son action en 2026.
Dans un contexte économique mondial marqué par de nombreuses incertitudes, l’économie comorienne a fait preuve d’une résilience encourageante en 2025. C’est l’un des principaux enseignements mis en avant par le Gouverneur de la Banque Centrale des Comores lors de cette rencontre avec les médias.
Au-delà des indicateurs économiques, la présentation a également été l’occasion de mettre en lumière les transformations engagées au sein de la BCC, notamment en matière de gouvernance, de modernisation des systèmes de paiement, de supervision financière et d’inclusion financière.
La Banque Centrale entend ainsi poursuivre l’exercice de ses missions fondamentales, parmi lesquelles figurent la préservation de la stabilité des prix et de la stabilité financière, mais aussi la modernisation du système financier national.
Une croissance économique qui confirme la reprise
Selon les données présentées dans le Rapport annuel 2025 de la BCC, l’économie comorienne a enregistré une croissance de 3,8 % en 2025, contre 3,3 % en 2024.
Cette progression constitue la meilleure performance enregistrée depuis la crise sanitaire de 2020 et traduit, selon les éléments présentés par la Banque Centrale, une dynamique économique qui semble progressivement se consolider.
Plusieurs secteurs ont contribué à cette évolution, notamment celui de la construction, qui a connu une activité soutenue. L’amélioration de la fourniture d’électricité a également participé à cette dynamique, en apportant un soutien supplémentaire à l’activité économique.
Parallèlement, l’évolution des prix s’est inscrite dans une trajectoire plus favorable. L’inflation moyenne annuelle est ainsi passée de 5,1 % en 2024 à 3,3 % en 2025.
Cette amélioration du contexte inflationniste a permis à la Banque Centrale de maintenir une conduite prudente de sa politique monétaire, avec pour objectif de préserver les équilibres macroéconomiques et de soutenir la confiance dans le système financier.
La modernisation institutionnelle au cœur des réformes
Au cours de la présentation, le Gouverneur Younoussa Imani a également insisté sur les importantes évolutions institutionnelles intervenues au sein de la Banque Centrale.
L’entrée en vigueur des nouveaux Statuts de la BCC constitue notamment une étape majeure dans le processus de modernisation de l’institution. Ces nouvelles dispositions viennent renforcer le cadre de gouvernance de la Banque Centrale et consacrer davantage son indépendance dans l’exercice de ses missions.
Elles renforcent également les mécanismes de décision dans des domaines essentiels tels que la politique monétaire, la supervision bancaire et la stabilité financière.
Pour la BCC, cette évolution institutionnelle doit permettre de consolider la crédibilité de l’institution et de renforcer son efficacité dans un environnement financier en pleine mutation.
Vers un système de paiement plus moderne et sécurisé
La transformation du système national de paiement figure également parmi les chantiers majeurs présentés par la Banque Centrale.
Le déploiement de Komor Pay, du Komor Switch et du Hub national de paiement constitue une avancée importante dans la modernisation de l’écosystème financier comorien.
Ces infrastructures ont vocation à faciliter les transactions, à renforcer leur sécurité et à améliorer l’interconnexion entre les différents acteurs du système financier.
Dans cette même perspective, le développement du réseau d’agents bancaires « Mali Ya Wakazi » doit contribuer à rapprocher davantage les services financiers des populations, y compris celles qui restent éloignées des circuits bancaires traditionnels.
L’objectif est notamment d’accompagner la réduction progressive de la dépendance aux paiements en espèces et de favoriser l’émergence d’un environnement financier davantage digitalisé, sécurisé et accessible.
Faciliter le financement des entreprises et de l’investissement
Pour la Banque Centrale, la modernisation du système financier ne saurait être dissociée de la question du financement de l’économie.
Le Gouverneur a ainsi mis en avant plusieurs initiatives destinées à améliorer l’accès au crédit et à diversifier les mécanismes de financement disponibles pour les entreprises et les ménages.
Le lancement du crédit-bail, ainsi que la mise en place de la Société de Garantie des Comores (SOGAK), constituent à cet égard deux dispositifs importants.
Ils doivent notamment permettre de faciliter l’accès au financement de l’investissement productif, avec une attention particulière portée aux petites et moyennes entreprises, qui jouent un rôle essentiel dans le développement du tissu économique national.
Les chiffres du secteur bancaire traduisent par ailleurs une progression de l’activité. À fin décembre 2025, le total du bilan consolidé du système bancaire atteignait 262,3 milliards de francs comoriens, soit une hausse de 14 %.
Les crédits bruts à la clientèle s’établissaient quant à eux à 145,8 milliards de francs comoriens, en progression de 8 % sur la période.
Ces indicateurs témoignent d’une activité bancaire en développement, même si le renforcement du financement du secteur productif demeure un enjeu central pour les prochaines années.
L’inclusion financière, une ambition nationale
Autre axe majeur de l’action de la BCC : l’inclusion financière.
L’adoption en 2025 de la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière 2025-2030 marque une nouvelle étape dans la volonté des autorités de rendre les services financiers plus accessibles à l’ensemble de la population.
Cette stratégie vise notamment à élargir l’accès aux services financiers, à encourager le développement des services numériques et à renforcer l’éducation financière.
Le développement du réseau d’agents bancaires s’inscrit également dans cette démarche. En rapprochant les services financiers des citoyens, la Banque Centrale souhaite contribuer à réduire les disparités d’accès et à favoriser une participation plus large de la population au système financier formel.
L’enjeu est à la fois économique et social : permettre aux ménages, aux entrepreneurs et aux acteurs économiques de disposer d’outils financiers adaptés à leurs besoins.
2026 : consolider les acquis et renforcer la stabilité financière
Pour l’année 2026, la Banque Centrale entend poursuivre et approfondir les réformes engagées.
Le Gouverneur a identifié plusieurs priorités, parmi lesquelles figurent le renforcement de la stabilité financière, la recherche de solutions concernant les établissements bancaires en difficulté, la relance du crédit en faveur du secteur productif et la régulation du secteur des assurances.
La BCC prévoit également de poursuivre la modernisation de son cadre réglementaire et prudentiel afin de mieux répondre aux évolutions du système financier national.
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme demeure également une priorité, dans le souci de renforcer la conformité du système financier comorien aux standards internationaux et de préserver la confiance des partenaires nationaux et internationaux.
L’ensemble de ces orientations répond à un même objectif : renforcer la résilience du système financier national tout en créant les conditions nécessaires à une croissance économique plus inclusive et durable.
Une Banque Centrale au service de la transformation économique
Au terme de cette présentation, le Gouverneur Younoussa Imani a réaffirmé la détermination de la Banque Centrale des Comores à poursuivre les transformations engagées.
La BCC entend continuer à jouer pleinement son rôle dans la préservation de la stabilité des prix, le maintien de la stabilité financière, la sécurisation des systèmes de paiement, le renforcement de la solidité du secteur bancaire et la promotion de l’inclusion financière.
L’année 2025 aura ainsi été marquée par une amélioration des principaux indicateurs économiques, mais aussi par l’accélération de plusieurs réformes structurelles. L’année 2026 devra, pour sa part, permettre de consolider ces acquis et de transformer les avancées institutionnelles et technologiques en bénéfices plus concrets pour l’économie réelle.
À travers cette feuille de route, la Banque Centrale affiche l’ambition de contribuer à l’émergence d’un système financier moderne, inclusif, résilient et davantage tourné vers le financement du développement durable de l’Union des Comores.
Un exercice inscrit dans le cadre légal
À titre de rappel, l’article 63 des Statuts de la Banque Centrale des Comores prévoit que, dans les six mois suivant la clôture de l’exercice et après approbation par le Conseil d’administration, le Gouverneur présente au Président de l’Union et au Parlement de l’Union un rapport sur les activités de la Banque ainsi qu’un rapport sur la situation économique et monétaire du pays.
La présentation du Rapport annuel 2025 à la presse s’inscrit donc dans cette démarche de transparence et d’information sur l’action de l’institution monétaire.
Sources : Banque Centrale des Comores (BCC)
Compte rendu : 3A
