Kinshasa, RDC – Un nouveau rebondissement secoue l’affaire du détournement présumé de 60 millions de dollars américains liés à la redevance GoPass, une taxe aéroportuaire perçue par la Régie des Voies Aériennes (RVA). Lors d’une récente audition, le Directeur général de la RVA, confronté à la pression judiciaire et médiatique, a clairement mis en cause l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, en affirmant que ce dernier aurait autorisé et orienté l’utilisation litigieuse des fonds.
Un scandale financier aux ramifications politiques
Mis en place pour améliorer les infrastructures aéroportuaires et la qualité des services aux voyageurs, le GoPass devait initialement contribuer à la modernisation des aéroports du pays. Mais selon les révélations en cours, une part substantielle des recettes collectées entre 2012 et 2016 aurait été détournée ou mal utilisée, échappant à tout cadre légal de gestion.
Le DG de la RVA, entendu par les services compétents, aurait fourni des documents et des instructions administratives datant de l’époque du gouvernement Matata, pointant des ordres venus directement de la primature. Ces déclarations jettent une lumière crue sur une possible chaîne de responsabilité politique au plus haut niveau.
Matata Ponyo contre-attaque
De son côté, Augustin Matata Ponyo, aujourd’hui sénateur et président du parti LGD, rejette catégoriquement ces accusations, dénonçant une « instrumentalisation politique de la justice » visant à nuire à sa réputation en perspective des échéances électorales.
Dans une communication rendue publique, l’ancien chef de gouvernement affirme que toutes les décisions financières durant son mandat ont respecté les procédures budgétaires, et appelle à un audit international indépendant pour rétablir la vérité.
Une justice sous tension
L’affaire, désormais portée devant la Cour Constitutionnelle, ravive le débat sur la lutte contre la corruption et l’impunité des hauts responsables en République Démocratique du Congo. Les observateurs dénoncent cependant des enchaînements judiciaires sélectifs, tandis que plusieurs ONG appellent à un traitement équitable, transparent et dépolitisé de ce dossier.
Et maintenant ?
Le dossier GoPass devient ainsi un test grandeur nature pour les institutions judiciaires congolaises, dans un contexte où les promesses de bonne gouvernance peinent à se traduire en actes concrets. Si les responsabilités sont établies, cette affaire pourrait marquer un tournant historique dans la lutte contre les détournements de fonds publics.
Lokombe Nkalulu
Rédacteur en chef – Afriqu’Europe Magazine
