Alors que s’ouvre le procès de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, accusé de détournement de 19 millions de dollars, une question plus profonde et politiquement sensible ressurgit : qu’en est-il des 65 millions de dollars que l’Ouganda verse chaque année à la République Démocratique du Congo en réparation des crimes de guerre perpétrés sur le territoire congolais ?
Depuis l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) en février 2022, qui a condamné l’Ouganda à verser 325 millions de dollars à la RDC, le silence institutionnel est assourdissant. Trois tranches ont déjà été versées — soit près de 200 millions de dollars — et pourtant, aucune information transparente n’a été livrée à la nation sur l’utilisation effective de ces fonds.
Les objectifs de cette indemnisation étaient pourtant clairs : réparations aux familles des victimes, reconstruction des zones ravagées par la guerre (Ituri, Beni, Kisangani…), financement de projets de justice transitionnelle et de réhabilitation communautaire. Mais sur le terrain, rien ou presque n’a changé.
Aucune famille n’a confirmé avoir reçu la moindre indemnité. Aucun projet visible n’a été clairement attribué à ces paiements. Et pire encore, aucun mécanisme de suivi, d’audit ou de redevabilité publique n’a été mis en place.
Avant même l’arrivée de Constant Mutamba à la tête du ministère de la Justice, ces versements étaient déjà en cours. Cela soulève une interrogation légitime : qui gérait ces fonds ? À quel niveau les décisions d’affectation ont-elles été prises ? Et quelles sont les responsabilités politiques engagées ?
Alors que la justice semble vouloir frapper fort contre les pratiques de corruption individuelle, le peuple congolais attend aussi qu’on lève le voile sur la gestion opaque d’un argent qui, rappelons-le, est versé en mémoire de crimes de guerre, de massacres, de pillages et de souffrances humaines.
L’histoire retiendra-t-elle que l’argent du sang congolais a simplement été absorbé par les tuyaux d’un État sans mémoire ?
Il est temps que des réponses soient données. La justice, la vérité, et les victimes les exigent.
La Redaction
