Kinshasa — La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo semble décidée à franchir une nouvelle étape dans le traitement des dossiers sensibles liés à la gouvernance passée. L’ancien président Joseph Kabila, né Hypolite Kanambe Kazemberere, se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire inédite, enclenchée après la levée récente de son immunité parlementaire, en sa qualité de « sénateur à vie ».
Selon des sources proches du dossier, le Lieutenant-Général Lucien-René Likulia Bakumi, Auditeur général près la Haute Cour militaire, s’apprête à émettre un mandat de comparution — voire un mandat d’arrêt national ou international — à l’encontre de celui qu’il qualifie désormais de « civil usurpateur de qualité militaire ».
Les accusations portent essentiellement sur l’usurpation d’un titre militaire sans base légale. En effet, Joseph Kabila ne figurerait dans aucun registre officiel de l’État-Major des FARDC, ce qui remet en question la légitimité de sa prétendue carrière militaire. Cette absence de matricule et de serment devant une autorité militaire officielle est aujourd’hui au cœur de la controverse.
Des mesures conservatoires sans précédent
Dans la foulée, plusieurs décisions symboliques et concrètes ont été prises :
La désactivation de son passeport diplomatique ;
La suspension des privilèges liés à son statut d’ancien chef de l’État ;
La suppression de sa rémunération d’ancien président, à titre conservatoire.
Ces mesures, selon l’Auditorat militaire, visent à garantir le respect de l’État de droit et à préparer une éventuelle comparution devant la Haute Cour militaire.
Une affaire d’usurpation ?
La justice militaire évoque le délit de fausse qualité, défini comme l’attribution frauduleuse d’un statut juridique ou professionnel. Dans le cas d’espèce, il s’agirait d’un faux statut de haut gradé militaire, jamais obtenu dans une école ou institution militaire reconnue.
Le Ministre de la Défense nationale, Maître Guy Kabombo Mwadianvita, aurait été sollicité pour confirmer officiellement l’absence de tout enrôlement ou formation militaire avérée de l’ancien président.
La question centrale reste : où, quand et devant quelle autorité militaire Joseph Kabila aurait-il prêté serment en tant que militaire ? Jusqu’à présent, aucune trace de cet acte ne figure dans les archives de l’État-Major général.
Une biographie réinterrogée
D’après certaines sources militaires, l’ancien chef de l’État aurait été brièvement formé par l’armée rwandaise sous l’autorité du général James Kabarebe, avant de passer six mois en Chine pour une formation de base. À son retour, il aurait été élevé au rang de Major-Général, sans passer par les voies classiques des forces armées congolaises. Ce parcours soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations quant à la légitimité de son statut militaire revendiqué.
Un tournant historique ?
Cette affaire marque un tournant politique et juridique majeur dans l’histoire contemporaine de la RDC. En engageant des poursuites contre un ancien président soupçonné d’avoir usurpé un statut militaire, la Haute Cour militaire cherche à envoyer un signal fort : nul n’est au-dessus de la loi.
L’issue de cette procédure pourrait non seulement bouleverser les équilibres politiques internes, mais aussi ouvrir un débat plus large sur la mémoire, la vérité et la légitimité des parcours de pouvoir en République démocratique du Congo.
Affaire à suivre.
Lokombe Nkalulu
Rédacteur en chef — Magazine Afriqu’Europe
